Bédé: SHANGRI-LA

Quand je suis en ville, ce qui m'arrive TRRRRES rarement vu que je suis un rural pur ours à l'état semi sauvage, j'aime bien m'offrir une BD... parce qu'une BD, ça ne se choisit pas en ligne: ça se feuillette, ça se soupèse, ça se hume...

Autant il m'arrive d'être déçu, autant parfois je tombe sur une perle...

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Shangri-la...

...de Mathieu Bablet, appartient indiscutablement de cette dernière catégorie: un excellent scénario au service d'une ambiance étouffante qui pousse le lecteur à la claustrophobie, des dessins qui peuvent sembler approximatifs dans un premier temps mais dont le trait et les couleurs dégagent beaucoup de personnalité, loin des dessins et encrages normalisés dont regorgent les rayons des libraires... les textes sont également loin des poncifs lourdingues et des dialogues sans imagination.

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de quoi que ça cause-t-il ?

Dans une immense station spatiale tentaculaire appartenant à une entreprise toute puissante et totalitaire, les derniers représentants de l'humanité vivent une existence morne et répétitive.

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Un personnage est chargé d'une enquête sur des stations laboratoires dans lesquelles ont eu lieu des incidents étrange.

pourquoi c'est particulièrement bien ?

L'histoire est au service d'une réflexion plus profonde sur ce qu'est un régime totalitaire, en quoi consiste une révolution, comment fonctionne la société numérique, comment les gouvernements bénéficient du racisme, ce que sont le bonheur ou l'exploitation etc. C'est une BD qui pense, ou du moins qui pousse à prendre une peu de recul sur nous-mêmes.

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En plus - et c'est une chose que j'apprécie particulièrement - arriver à la fin de l'histoire n'apportera pas toutes les réponses et il faudra la relire plusieurs fois tant persiste l'impression d'être passé à côté de quelque chose.

Pour en savoir plus un article sur dailymars

I aspire to be like him - 9GAG

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Ma première réaction a été le WTF habituel et commun à tous.

Puis je me suis vite ravisé:

  1. il y a selon toute vraisemblance une démarche «artistique» ou au moins un message sous-tenant ces voyages,
  2. finalement il ne se déplace que pour se regarder lui-même voire même projeter son «soi» sur le monde quitte à l'occulter complètement,
  3. il se montre volontairement prétentieux dans sa démarche.

Ben pour ma part, ça m'évoque tous les gens qui voyagent que dans le but de se montrer aux autres dans l'objectif: et que je me mets en scène, et que je me selfise à outrance, et que je te me poste sur instagram ou face de bouc...

Au bout du compte, le voyage lui-même, en tant que découverte des autres et du monde, est oblitéré... la notion même de voyage est vidée de son sens: on ne va voir ailleurs que pour se regarder soi-même.

J'en ai vu qui ont visité des lieux touristiques en ne les regardant qu'à travers l'écran de la tablette servant à filmer: genre ils filment TOUT, en vrac...

Le champion du monde reste quand même le mec que j'ai croisé plusieurs fois dans la même journée et qui se filmait lui-même en train de visiter la ville, sans interruption...

Ce monde est fou.

Boulette journal: impressions personnelles

Depuis deux mois, je me suis mis moi aussi au «boulette journal» comme Sammy

sauf que mon utilisation s'avère aux antipodes de la sienne, sans doute parce qu'on n'a pas le même objectif à la base.

Ce journal me sert davantage à vider ma mémoire vive des idées, projets, dates, pensées persistantes, observations etc. qu'à organiser réellement et rigoureusement les tâches et évènements.

En effet, je n'ai pas de mal à m'organiser ou à garder en mémoire les RDV importants... [EDIT: ce qui ne veut pas dire que t'en es pas capable, hein Sammy ] par contre, je n'arrive pas à «débrancher» complètement mon cerveau de la todolist: du coup, toutes les tâches restent ouvertes avec un indice de priorité ou d'urgence, un peu comme une multitude d'onglets dans un navigateur, ce qui m'épuise en me laissant l'impression de trop plein.

Comment j'ai abordé le bullet journal

C'est sous l'angle de l'apparente anarchie et du désordre fantaisiste que je me suis approprié cet "outil"... Il ne s'agit pas que d'une todo améliorée mais aussi d'un journal de pensées.

1. Aucune rigueur d'organisation

L'objectif étant de vider mes onglets mentaux et de garder une trace des pensées et évènements, je n'ai pas besoin de table des matières ou d'organisation draconienne. Le mets la date du jour en cours puis les notes de la journée.

Même pour un RDV, je tourne quelques pages pour retrouver et c'est bon; l'ordre chronologique me suffit pour le moment. Ça présente l'avantage de ne jamais me poser de problème quant à l'endroit où je dois écrire une nouvelle «entrée».

2. De la fantaisie visuelle

L'absence de nomenclature et de rigueur n'étant plus un frein, je me lâche sur le côté fantaisiste des icônes, cadres, flèches etc... sans chercher la moindre cohérence graphique: c'est un joli bordel et ça ressemble à ce que j'ai dans la tête

3. Les notes comme un amusement

Le fait de ponctuer le contenu concret de friandises visuelles et autres doodles inutiles et de leur accorder autant d'importance et d'attention qu'au sens lui-même a un effet profondément apaisant du fait même de son manque total de rentabilité. «c'est encore plus beau lorsque c'est inutile»

Les bienfaits que j'y trouve

1. Le vidage de tête

Non seulement je vire de ma tête les idées et todos non urgentes mais en plus, dessiner permet de lâcher prise et de quitter le mode multitâche.

2. La centralisation

J'ai TOUT au MÊME ENDROIT. Et c'est bel et bon.

3. L'«obligation» de prendre son temps pour noter (et de faire un dessin pour mettre en valeur.)

Contrairement à l'option post-it où l'on gribouille à la va vite une série de mots dont l'aspect tient plus de l'électrocardiogramme que de la phrase intelligible, je prends plaisir à consacrer à la tâche de notation le temps qu'elle mérite...

4. Le côté cahier de vie ou journal de bord

Comme je note dedans les idées, les tâches à effectuer, les rendez-vous, les compte-rendus de réunions, les projets, l'état de la progression après une session de programmation, les évènements de la journée, les émotions, les pensées, les interrogations... je garde une trace de mes journées et de ma vie. J'aime bien et c'est devenu rapidement un plaisir qui chasse les angoisses ou les soucis.

5. L'aspect objet transitionnel

Je trimballe mon «bujo» partout et tout le temps. Si.

Du coup, le simple fait de l'avoir me rassure, un peu comme un doudou. C'est con, j'en ai conscience

6. Le rendu joyeux bordel

Comme je l'ai mentionné, aucune méthode ne sous-tend l'écriture dans ce journal et ça donne un résultat très proche du foisonnement qui règne dans ma tête, mélange de trucs sérieux, de conneries, d'idées de projets etc. Je m'y retrouve et je m'y plais, un peu comme dans une pièce faisant à la fois chambre, atelier, bureau, bord de lac et mur de tag...

Conclusion

Je passe mes journées à devoir être rigoureux et organisé alors l'univers douillet et gentiment déjanté de mon bullet journal est comme un recoin isolé où je me retrouve.

Lire la suite de Boulette journal: impressions personnelles

Note: Les jours les plus longs - Choses vues, sur le web et ailleurs

Très émouvant et... un nouveau point commun entre nous.
Nous aussi sommes passés par la PMA pendant un an pour essayer d'avoir notre premier enfant, sans succès.
Après avoir renoncé et lancé d'autres projets, elle est arrivée toute seule, il y a 15 ans.

C'est vrai que, noyés par le quotidien qui te fait passer d'une urgence à une autre, tu oublies à quel point l'existence est fugace et fragile et à quel point tes mômes sont ta plus grande joie et ta plus grande faiblesse.

En tout cas félicitations et profite des tiens (et fais-leur un bisou de ma part)

Barbara Stiegler : S'adapter à une société malade ?

Quelques notes sur cette vidéo

Attention, très long post (DSL). La forme pourra sembler décousue, mais bon, c'est plus pour conserver une trace de cette remarquable entrevue.

la pensée de LippMann

  • Néolibéral ne signifie pas retrait de l'état: au contraire, c'est un état très invasif qui intervient perpétuellement dans le domaine de l'éducation ou de la santé notamment.
  • Il faut repenser la politique de façon darwinienne: l'enjeu de l'espèce politique est de s'adapter. La sélection/l'adaptation fait que les inaptes sont éliminés au profit des aptes.
  • Au milieu du 19ème: accélération des rythmes, dissolution des frontières -> la révolution industrielle crée un environnement nouveau qui menace l'équilibre et notre espèce n'est pas adaptée à ce nouveau monde.
  • Nous ne sommes pas adaptés sur le plan cognitif / psychique / affectif pour cet environnement.
  • Toute pathologie est multifactorielle et ce monde mondialisé fait partie de ces causes (il trouble en particulier le rapport au temps). Il devient très difficile d'être lent au point qu'on en vient à se réserver des temps très encadrés dans lesquels on aura le droit d'être lent (disciplines et activités) pour pouvoir être encore plus rapide ensuite.
  • Discours politique permanent: le discours du cap à tenir qui devrait avoir été abandonné depuis l'abandon de la religion qui donne un but à la vie.
  • Les libéraux tendent à ridiculiser les discours révolutionnaires à leur gauche mais ils maintiennent un cap obligé à suivre et auquel il faut s'y adapter.
  • La grande opération du néolibéralisme c'est dire que la seule direction possible est celle qui va vers l'accélération et de s'appuyer sur l'outil démocratique pour forcer les populations à aller dans leur sens (avec leur consentement).
  • L'intérêt de la démocratie est d'avoir une discussion sur les directions à prendre. Dans le néolibéralisme, la direction n'est pas à discuter.
  • La démocratie est bien adaptée à une petite population mais moins avec un grand pays. Il faut penser un gouvernement local.
  • La force du néolibéralisme est de nous pousser à intérioriser ce type de gouvernementalité unique.

Manufacture du consentement

  • manufacture du consentement: le pacte social implique le consentement comme remplacement de la soumission et la violence. Les masses ne sont plus équipées psychiquement pour appliquer réellement leur consentement (ils ne savent plus ce qu'ils veulent) ➡ on ne peut plus recueillir le consentement, donc on le fabrique (par la propagande/la communication)
  • Si nous (les libéraux) ne fabriquons pas le consentement alors les fascistes le feront. Il faut donc une propagande orientée dans la bonne direction, celle de l'acceptation de la mondialisation.

Et la République en marche ?

  • ils ont échoué là où leurs prédécesseurs avaient plutôt bien réussi.
  • ils sont tombés au mauvais moment avec la crise environnementale (problème écologique + prise de conscience) et ça leur complique la tâche.
  • Hollande était foncièrement néolibéral (sans déconner )
  • Macron est une matrice néolibérale chimiquement pure.

Le récit technologique est il le nouveau récit de l'humanité ?

  • La rhétorique de la promesse: environnement ultra compétitif qui pousse à promettre un résultat alléchant pour obtenir les financements.

Quel est l'arsenal utilisé pour obtenir le consentement des masses ?

Pour fabriquer le consentement des masses, le néolibéralisme s'appuie sur:

  • Les médias au sens large: la politique doit s'en emparer.
  • Les sciences humaines et sociales: les experts. Ce sont des personnes hyper spécialisées dans ce domaine qui aident à prendre en main ces populations (en particulier les psychologues, très utiles dans la fabrication du consentement)
  • la masse est apathique (ne se sent pas elle-même, elle est atomisée et constituée d'individus contrairement à la classe et sa conscience de classe)
  • Le BigData permettra de modéliser la masse mais les politiques actuelles en sont encore aux sondages archaïques.

Macron applique donc cette doctrine en s'imposant comme seule alternative à l'extrême droite.

  • oui. Soit l'adaptation à la mondialisation soit l'obscurantisme, le nationalisme, le repli sur soi. Donc ➡ Néolibéralisme ou populisme.
  • le reste c'est des contes pour enfant (le monde des bisounours)
  • Ils ne font que rejouer le manichéisme de LippMann (Macron n'a rien inventé)

Comment se désintoxiquer du libéralisme et du rapport au temps ?

  • Si on entre dans cette vie adaptée à la mondialisation et qu'on tient le choc, ça nous fait souffrir mais c'est jubilatoire et ça devient addictif (cf le burnout)

L'entaide

  • reprise du darwinisme mais sur d'autres bases que la compétition et l'égoïsme: dans le vivant il y a des processus qui sont au contraire basés sur la coopération entre individus et la symbiose.
  • c'est ce qui est établi dans le darwinisme contemporain: la coopération est une force d'adaptation.

Le néolibéralisme et la compétition

  • il faut d'une part que les individus soient le plus possible mis en compétition pour les sélectionner (note: les "premiers de cordée" autre nom des winners, sans doute)
  • la compétition doit finir par donner des rouages qui s'ajustent les uns aux autres pour coopérer et ainsi abolir tout conflit (l'objectif final)
  • donc, parler de coopération dans le néolibéralisme ne règle pas le problème. (difficile)

Les traits dominants sélectionnés par le libéralisme

  • L'ultralibéralisme favorise les plus cupides et les plus dépourvus de scrupules: il favorise les mécanismes de prédation les plus brutaux au lieu d'une compétition saine et fairplay.
  • en France c'est un mélange de néolibéralisme et d'ultralibéralisme. Ex: le retour de la théorie du ruissellement venant de l'ultralibéralisme et refusée par les néolibéraux après 29 qui voulaient plus de mobilité et s'opposaient donc aux héritages et patrimoines énormes.
  • en revenant, la théorie du ruissellement prouve le retour de l'ultralibéralisme.
  • la social démocratie est là pour enrober le tout dans un papier cadeau plus facile à accepter.

Les gilets jaunes démontrent-ils une certaine capacité à sortir du consentement ?

  • c'est évident: ils sont un symptôme de la crise du consentement
  • ils ont tenté de jouer le jeu de la mondialisation et ont été dans le consentement puis petit à petit ce dernier a faibli puis a cessé de fonctionner.

L'anarchie comme force d'émancipation est-elle la meilleure façon de contrer le libéralisme ?

  • l'émancipation de l'individu n'a rien de spécifiquement anarchiste (lumières & libéralisme),
  • que veut dire anarchiste ? Sortir des rapports de pouvoir est difficile car on est immergés dans les rapports de pouvoir et le pouvoir en soi n'est pas forcément la chose à abattre.

Dans l'avenir

  • aggravation de la crise du consentement
  • aggravation de la crise du libéralismeFR
  • seule sortie pour le néolibéralisme: s'inventer une écologie néolibérale (difficile car incompatible avec la mondialisation)
  • des publics qui vont se lever et ressortir de la conception lippmanienne de la masse (uniquement constituée d'atomes occupés à produire-travailler/se divertir/se reproduire). Ces publics qui vont se grouper autour de problèmes communs: ils se sentent eux mêmes (conscience de "classe") et s'interconnectent, s'instruisent, agissent et s'emploient à trouver des solutions et lutter.
  • cette vision lippmanienne de la masse largement relayée par les medias et politiques dans la formule "ça n'intéresse pas les français, ce qui les intéresse c'est avoir un emploi etc."

Comment le pouvoir néolibéral va-t-il réagir (durcissement/violences...) ?

  • on le voit déjà et c'est un échec car le but de Lippmann était d'éviter la violence.
  • quand un gouvernement néolibéral commence à sortir les matraques, c'est qu'il a échoué puisque son but était de fabriquer le consentement.
  • quand on passe à la violence on passe à de la simple brutalité politique non théorisée.

Conseil

  • Continuer à se saisir des outils modernes de communication pour se réunir autour des souffrances et lutter.
  • Ne pas compter sur les experts pour donner une direction (ils en sont incapables car trop spécialisés) mais les mettre à notre service et orienter les demandes d'expertise sur les problèmes à traiter.

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