BD: Les indes Fourbes

Un peu à la façon de Sammy dans sa rubrique Quand je ne joue pas, voici mon petit retour sur une BD tout-à-fait remarquable d'Alain AYROLES pour le scénario (à qui l'on doit l'excellentissime De cape et de crocs ) et Juanjo GUARNIDO (Blacksad) pour le dessin et les couleurs.

Les aventures de Don Pablos de Segovia, une fripouille en qui les amateurs de Quevedo reconnaîtront l'anti-héro du Buscón. La BD part là où l'oeuvre de Quevedo s'arrête: l'arrivée aux Indes.

Pourquoi cette BD sort-elle de l'ordinaire ?

1. le scénario

Le scénar suit avec talent le style du roman picaresque dans lequel un voyou des rues cherche à survivre au jour le jour tout en planifiant son ascension sociale aux frais d'une noblesse écrasante.

Or, c'est là que se situe tout l'intérêt de l'écriture: on y retrouve une forme de lutte sociale sans qu'elle se suffise à elle-même; au contraire, on y dresse un portrait de la société du siècle d'or, des segundones partis aux indes assoiffés de pouvoir et de richesses à la cour du roi où tout soupçon de sang impur vous vaut le mépris malgré votre richesse.

2. les dialogues et le texte

Remarquables en tout point: le texte est parfaitement maîtrisé et remarquablement écrit; c'est simple, on a envie de prendre des notes à de nombreuses reprises au cours de la lecture.

3. le dessin et l'encrage

C'est un Guarnido au sommet de son art que l'on retrouve dans ce volume... Il parvient à obtenir un mélange alchimique à côté duquel la pierre philosophale figurerait la recette de l'eau tiède: les couleurs et le cadrage évoquent tour à tour des tableaux classiques et des scènes épiques. Le trait parvient à mélanger avec talent la BD classique et le trait de Walt disney.

Les personnages sont précis et expressifs, les cadrages remarquables et les fonds très fouillés. Il me faut faire une mention très spéciale aux références à la peinture du siècle d'or et en particulier à Velazquez (et notamment aux Meninas) toujours bienvenues, comme une sorte de fil rouge historique qui ne prend tout son sens qu'à la fin de la dernière page.

4. L'ambiance

Alchimie est bien le mot qui convient tant le mélange entre tous ces ingrédients parvient à créer un univers cohérent, complexe et précis comme un mécanisme d'horloge dont on ne découvre la profondeur qu'en suivant chaque rouage avec délectation. On y retrouve toute l'ambiance typique du roman picaresque, de la critique sociale au comique de situation, de la narration subtile aux dialogues rythmés.

5. La qualité de l'édition

A lui seul, l'effort mis dans la qualité de l'impression et du papier justifie l'achat; c'est une très belle BD, le papier est d'excellente qualité, les couleurs vives et bien rendues et le souci d'imitation d'un incunable classique va jusqu'à y avoir mis un ruban marque-page.

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Note finale

Lors de l'écriture de ce petit billet, j'ai subi une petite vingtaine d'interruptions familiales.

Voilà.

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