BALLAST | L'abécédaire de Daniel Bensaïd

Le capitalisme global accorde aux individus la liberté – étroitement surveillée – de consentir à la logique implacable de la mondialisation marchande. Quelle est la liberté du chômeur sacrifié sur l’autel des cours boursiers ?


Il y a leur Non et le nôtre, résolument incompatibles. Michel Rocard lui-même admet piteusement aujourd’hui s’être « mépris sur le Non au référendum sur le traité constitutionnel européen : ce n’était pas un refus de l’Europe, c’était un Non à la dérégulation du marché du travail ». Tardive lucidité ! En attendant, la construction d’une Europe libérale conçue comme une machine à briser les acquis sociaux aura réussi à compromettre l’idée européenne auprès de millions de travailleurs.


Quand les travailleurs et les peuples résistent, quand la loi libérale ne passe plus, l’Union européenne fait donner le pouvoir judiciaire pour passer en force et autoriser le marché à dicter sa loi.



Personne ne peut dire à quoi ressembleront les révolutions du XXIe siècle. En tant que système dominant, le capitalisme n’a que quelques siècles. Il n’est pas éternel. Il finira, pour le meilleur ou pour le pire. Car nous entrons dans une crise de civilisation de longue durée, où la réduction du monde à une mesure marchande est de plus en plus irrationnelle et misérable. L’essentiel, c’est de donner sa chance à la part non fatale de l’histoire.


BALLAST | L'abécédaire de George Orwell

La seule chose au nom de laquelle nous pouvons combattre ensemble, c’est l’idéal tracé en filigrane dans le socialisme : justice et liberté. Mais ce filigrane est presque complètement effacé. Il a été enfoui sous des couches successives de chicaneries doctrinales, de querelles de parti et de "progressisme" mal assimilé, au point de ressembler à un diamant caché sous une montagne d’excréments


Le fascisme n’a pas de contraire réel excepté le socialisme. On ne peut pas se battre contre le fascisme au nom de la "démocratie" parce que ce que nous appelons démocratie, dans un pays capitaliste, ne peut exister que tant que les choses vont bien ; dans les moments de difficulté, elle se transforme immédiatement en fascisme.


Il y a une expression qui est fort en vogue dans les milieux politiques de ce pays : "Faire le jeu de". C’est une sorte de formule magique ou d’incantation, destinée à cacher les vérités dérangeantes. Quand on vous dit qu’en affirmant telle ou telle chose vous "faites le jeu" de quelque sinistre ennemi, vous comprenez qu’il est de votre devoir de la boucler immédiatement.



Derrière tous les discours dont on nous rebat les oreilles à propos de l’énergie, de l’efficacité, du devoir social et autres fariboles, quelle autre leçon y a-t-il que "amassez de l’argent, amassez-le légalement, et amassez-en beaucoup" ? L’argent est devenu la pierre de touche de la vertu. Affrontés à ce critère, les mendiants ne font pas le poids et sont par conséquent méprisés.


J’entends avant tout par "nationalisme" cette façon d’imaginer que les hommes peuvent être l’objet d’une classification semblable à celle des insectes, et que des millions ou des dizaines de millions d’entre eux peuvent ainsi être, en bloc et avec une parfaite assurance, étiquetés comme "bons" ou "mauvais". […] Le nationalisme est indissociable de la soif de pouvoir.

BALLAST | L'abécédaire de Pierre Bourdieu

tous les mouvements de contestation de l’ordre symbolique sont importants en ce qu’ils mettent en question ce qui parait aller de soi ; ce qui est hors de question, indiscuté. Ils chahutent les évidences.


Il n’y a pas un racisme, mais des racismes : il y a autant de racismes qu’il y a de groupes qui ont besoin de se justifier d’exister comme ils existent.


Aussi bien dans les relations entre nations qu’à l’intérieur de celles-ci, l’universalisme abstrait sert le plus souvent à justifier l’ordre établi, la distribution en vigueur des pouvoirs et des privilèges, — c’est-à-dire la domination de l’homme, hétérosexuel, euro-américain (blanc), bourgeois —, au nom des exigences formelles d’un universel abstrait (la démocratie, les droits de l’homme, etc.) dissocié des conditions économiques et sociales de sa réalisation historique ou, pire, au nom de la condamnation ostentatoirement universaliste de toute revendication d’un particularisme et, du même coup, de toute “communauté” construite sur la base d’une particularité stigmatisée (femmes, gays, Noirs, etc.)


Combattre une politique visant à démanteler le Welfare State, c’est-à-dire combattre une politique qui détruit tous les acquis les plus progressistes du passé, c’est s’exposer à apparaître comme archaïque. Situation d’autant plus paradoxale que l’on est amené à défendre des choses que l’on souhaite au demeurant transformer, comme le service public, l’État national, les syndicats ou même l’école publique qu’il faut continuer à soumettre à la critique la plus impitoyable.






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