Note: Du rêve (et) du fascisme - Les liens du Lapin Masqué

Pour mémoire, je me note cette analyse de Kevin:

(...) les totalitaristes et autres extrémistes se foutent de savoir si ce qu'ils disent est vrai ou faux. D'ailleurs, la plupart du temps, ils savent pertinemment que c'est totalement faux. Mais ce n'est pas le but. Le but c'est de parler à des gens qui se foutent aussi de savoir si c'est vrai ou faux, c'est leur programme qu'ils communiquent ainsi. Lorsqu'ils disent un truc faux factuellement, ils disent en réalité que c'est ce qu'ils vont faire. Quand Le Pen rend une visite surprise à Calais sans prévenir personne sur place, dont elle sait que ça posera des problèmes, ce qu'elle dit là dessus n'a que peu d'importance, ce qu'elle dit en réalité c'est qu'elle virera les étrangers (en situation irrégulière ou non d'ailleurs) du territoire, et qu'elle est prête à utiliser les pires stratagèmes pour y arriver, et qu'elle se fout bien de respecter une quelconque règle au regard des personnes qui aident les réfugiés.

Mais comment ça se fait que l'éclatement de la vérité ne fait pas éclater les fachos et leur emprise ? Parce que ceux qui sont la cible de toute leur propagande se foutent de savoir si c'est vrai ou pas.

Comment est-ce possible ? Comment, devant l'étalement de la vérité implacable, le "fact checking", les arguments bétons, cette idéologie de haine progresse autant à coups de mensonges ? Comment en arrive-t-on à ne plus vouloir connaître la vérité, à balayer d'un revers de la main les faits ?

Il y a plusieurs explications, mais j'ai tilté sur un cheminement qui me semble intéressant. Bien évidemment, ça n'explique sans doute pas tout, mais c'est en tout cas une démarche contre laquelle on n'a déployé que très peu d'armes. Mais ça correspond de plus très bien avec le fait que l'extrême-droite est la "faction de cœur" du capitalisme.

Comment peut-on expliquer qu'on refuse ainsi la vérité ? Parce qu'on demande autre chose. Et si ce n'est pas la vérité, c'est donc le mensonge, la contre-vérité, le rêve. Et c'est là le problème : si ça marche (moins que ce qu'on pense, mais tout de même), c'est parce que ça fait rêver. Pas tout le monde, certes, mais c'est ce qui est vendu.

Mais pourquoi ce rêve là, emprunt de haine, de repli, de peur, de sang, plutôt qu'un autre ?

En raison des partis "de gouvernement". Que ce soit le PS ou LR, leur seul projet, c'est "le réel". Alors, qu'on s'entende bien, il ne s'agit pas "du réel" hein, mais de "leur réel", qu'ils ont le pouvoir de changer car ils ont le pouvoir, justement. Mais bref, donc, leur projet, leur mot d'ordre, leur préoccupation, c'est "le réel".

On ne compte plus le nombre de fois où quelqu'un qui s'aventure à rêver d'un monde meilleur se voit opposer "le réel", ce fameux réel qui est si réel qu'il n'a aucune existence propre, il n'est que le fruit du travail d'un ensemble, qui œuvre à la forger, jour après jour. Le réel, au final, ça se décide. Et eux ont décidé de ce qu'était le réel, et l'imposent comme étant LA vision de ce qui doit être, ce qu'est le monde aujourd'hui.

Sauf que ce réel, c'est le capitalisme. Et le capitalisme, il ne vient pas seul, il est très lié à un autre copain à lui, le libéralisme, dont il ne sera pas question ici mais qui est lui aussi lié à un autre copain qui nous intéresse : l'individualisme.

Par défense du "réel", on nous apprend à penser pour nous. "La solution est en vous", si on dérégule tout, chacun peut tirer son épingle du jeu, si on est assez débrouillard seul on peut être millionnaire, votre vie ne dépend que de vous, etc. On vous "responsabilise", à un point si inique que vous êtes "responsables" de tomber malade, d'avoir un accident, d'être au chômage, etc.

On vous force donc à ne penser qu'à vous même (d'ailleurs, si vous pensez aux autres, vous pouvez être poursuivis en justice), et le seul mot qu'ont les dirigeants à la bouche, c'est "le réel".

Alors, forcément, les gens ont envie de rêver. Le "fact checking", c'est encore et toujours du "réel", ça n'a, au final, rien d'intéressant, et donc que très peu d'impact. Et lorsqu'on vous force à ne penser qu'à vous, peu importe si le rêve proposé est dangereux pour les autres, après tout ? Et même au delà de ça, c'est pour ça que l'entrepreneuriat fait rêver. "Oui, c'est peut-être un parfait outil d'exploitation, mais moi je tirerai mon épingle du jeu".

Ils s'en foutent de ce qui est vrai. Ils s'en foutent que d'autres en prennent plein la gueule. Le rêve qui leur est proposé leur plaît. Le problème, de toute façon, ça peut pas être eux, puisqu'ils font tout bien comme on leur dit. C'est donc que le problème, c'est les autres. Tous les autres.

Et voilà pourquoi le fact checking ne marche pas. Voilà pourquoi un projet de haine paraît plus sympa qu'un projet altruiste.

Et le capitalisme, lui, il adore ça. Il ne peut pas rêver mieux que des gens qui se bouffent entre eux pour lui permettre de faire du profit sur leur dos.


Aussitôt aux commandes, Trump s’attaque à l’avortement | Le Devoir


Pouvait-on s'attendre à autre chose d'un macho réac misogyne agressif borné incapable et probablement impuissant (là, bien entendu, je suppute mais le probable est éventuel) ?


Pourtant, le monde entier peut tout à loisir constater les dégâts de l'absence du droit à l'avortement: la présence de Trump en est un exemple éclatant (si seulement sa mère avait pu avorter...)


On ne saurait lui en tenir rigueur: c'est la lente dégénérescence de la lignée d'un ancêtre dément qui, de mariages consanguins en refus d'avorter, à conduit à l'inévitable échec humain que constitue Trump.


Parti comme il est, il va foutre le monde à feu et à sang...



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