Barbara Stiegler : S'adapter à une société malade ?

Quelques notes sur cette vidéo

Attention, très long post (DSL). La forme pourra sembler décousue, mais bon, c'est plus pour conserver une trace de cette remarquable entrevue.

la pensée de LippMann

  • Néolibéral ne signifie pas retrait de l'état: au contraire, c'est un état très invasif qui intervient perpétuellement dans le domaine de l'éducation ou de la santé notamment.
  • Il faut repenser la politique de façon darwinienne: l'enjeu de l'espèce politique est de s'adapter. La sélection/l'adaptation fait que les inaptes sont éliminés au profit des aptes.
  • Au milieu du 19ème: accélération des rythmes, dissolution des frontières -> la révolution industrielle crée un environnement nouveau qui menace l'équilibre et notre espèce n'est pas adaptée à ce nouveau monde.
  • Nous ne sommes pas adaptés sur le plan cognitif / psychique / affectif pour cet environnement.
  • Toute pathologie est multifactorielle et ce monde mondialisé fait partie de ces causes (il trouble en particulier le rapport au temps). Il devient très difficile d'être lent au point qu'on en vient à se réserver des temps très encadrés dans lesquels on aura le droit d'être lent (disciplines et activités) pour pouvoir être encore plus rapide ensuite.
  • Discours politique permanent: le discours du cap à tenir qui devrait avoir été abandonné depuis l'abandon de la religion qui donne un but à la vie.
  • Les libéraux tendent à ridiculiser les discours révolutionnaires à leur gauche mais ils maintiennent un cap obligé à suivre et auquel il faut s'y adapter.
  • La grande opération du néolibéralisme c'est dire que la seule direction possible est celle qui va vers l'accélération et de s'appuyer sur l'outil démocratique pour forcer les populations à aller dans leur sens (avec leur consentement).
  • L'intérêt de la démocratie est d'avoir une discussion sur les directions à prendre. Dans le néolibéralisme, la direction n'est pas à discuter.
  • La démocratie est bien adaptée à une petite population mais moins avec un grand pays. Il faut penser un gouvernement local.
  • La force du néolibéralisme est de nous pousser à intérioriser ce type de gouvernementalité unique.

Manufacture du consentement

  • manufacture du consentement: le pacte social implique le consentement comme remplacement de la soumission et la violence. Les masses ne sont plus équipées psychiquement pour appliquer réellement leur consentement (ils ne savent plus ce qu'ils veulent) ➡ on ne peut plus recueillir le consentement, donc on le fabrique (par la propagande/la communication)
  • Si nous (les libéraux) ne fabriquons pas le consentement alors les fascistes le feront. Il faut donc une propagande orientée dans la bonne direction, celle de l'acceptation de la mondialisation.

Et la République en marche ?

  • ils ont échoué là où leurs prédécesseurs avaient plutôt bien réussi.
  • ils sont tombés au mauvais moment avec la crise environnementale (problème écologique + prise de conscience) et ça leur complique la tâche.
  • Hollande était foncièrement néolibéral (sans déconner )
  • Macron est une matrice néolibérale chimiquement pure.

Le récit technologique est il le nouveau récit de l'humanité ?

  • La rhétorique de la promesse: environnement ultra compétitif qui pousse à promettre un résultat alléchant pour obtenir les financements.

Quel est l'arsenal utilisé pour obtenir le consentement des masses ?

Pour fabriquer le consentement des masses, le néolibéralisme s'appuie sur:

  • Les médias au sens large: la politique doit s'en emparer.
  • Les sciences humaines et sociales: les experts. Ce sont des personnes hyper spécialisées dans ce domaine qui aident à prendre en main ces populations (en particulier les psychologues, très utiles dans la fabrication du consentement)
  • la masse est apathique (ne se sent pas elle-même, elle est atomisée et constituée d'individus contrairement à la classe et sa conscience de classe)
  • Le BigData permettra de modéliser la masse mais les politiques actuelles en sont encore aux sondages archaïques.

Macron applique donc cette doctrine en s'imposant comme seule alternative à l'extrême droite.

  • oui. Soit l'adaptation à la mondialisation soit l'obscurantisme, le nationalisme, le repli sur soi. Donc ➡ Néolibéralisme ou populisme.
  • le reste c'est des contes pour enfant (le monde des bisounours)
  • Ils ne font que rejouer le manichéisme de LippMann (Macron n'a rien inventé)

Comment se désintoxiquer du libéralisme et du rapport au temps ?

  • Si on entre dans cette vie adaptée à la mondialisation et qu'on tient le choc, ça nous fait souffrir mais c'est jubilatoire et ça devient addictif (cf le burnout)

L'entaide

  • reprise du darwinisme mais sur d'autres bases que la compétition et l'égoïsme: dans le vivant il y a des processus qui sont au contraire basés sur la coopération entre individus et la symbiose.
  • c'est ce qui est établi dans le darwinisme contemporain: la coopération est une force d'adaptation.

Le néolibéralisme et la compétition

  • il faut d'une part que les individus soient le plus possible mis en compétition pour les sélectionner (note: les "premiers de cordée" autre nom des winners, sans doute)
  • la compétition doit finir par donner des rouages qui s'ajustent les uns aux autres pour coopérer et ainsi abolir tout conflit (l'objectif final)
  • donc, parler de coopération dans le néolibéralisme ne règle pas le problème. (difficile)

Les traits dominants sélectionnés par le libéralisme

  • L'ultralibéralisme favorise les plus cupides et les plus dépourvus de scrupules: il favorise les mécanismes de prédation les plus brutaux au lieu d'une compétition saine et fairplay.
  • en France c'est un mélange de néolibéralisme et d'ultralibéralisme. Ex: le retour de la théorie du ruissellement venant de l'ultralibéralisme et refusée par les néolibéraux après 29 qui voulaient plus de mobilité et s'opposaient donc aux héritages et patrimoines énormes.
  • en revenant, la théorie du ruissellement prouve le retour de l'ultralibéralisme.
  • la social démocratie est là pour enrober le tout dans un papier cadeau plus facile à accepter.

Les gilets jaunes démontrent-ils une certaine capacité à sortir du consentement ?

  • c'est évident: ils sont un symptôme de la crise du consentement
  • ils ont tenté de jouer le jeu de la mondialisation et ont été dans le consentement puis petit à petit ce dernier a faibli puis a cessé de fonctionner.

L'anarchie comme force d'émancipation est-elle la meilleure façon de contrer le libéralisme ?

  • l'émancipation de l'individu n'a rien de spécifiquement anarchiste (lumières & libéralisme),
  • que veut dire anarchiste ? Sortir des rapports de pouvoir est difficile car on est immergés dans les rapports de pouvoir et le pouvoir en soi n'est pas forcément la chose à abattre.

Dans l'avenir

  • aggravation de la crise du consentement
  • aggravation de la crise du libéralismeFR
  • seule sortie pour le néolibéralisme: s'inventer une écologie néolibérale (difficile car incompatible avec la mondialisation)
  • des publics qui vont se lever et ressortir de la conception lippmanienne de la masse (uniquement constituée d'atomes occupés à produire-travailler/se divertir/se reproduire). Ces publics qui vont se grouper autour de problèmes communs: ils se sentent eux mêmes (conscience de "classe") et s'interconnectent, s'instruisent, agissent et s'emploient à trouver des solutions et lutter.
  • cette vision lippmanienne de la masse largement relayée par les medias et politiques dans la formule "ça n'intéresse pas les français, ce qui les intéresse c'est avoir un emploi etc."

Comment le pouvoir néolibéral va-t-il réagir (durcissement/violences...) ?

  • on le voit déjà et c'est un échec car le but de Lippmann était d'éviter la violence.
  • quand un gouvernement néolibéral commence à sortir les matraques, c'est qu'il a échoué puisque son but était de fabriquer le consentement.
  • quand on passe à la violence on passe à de la simple brutalité politique non théorisée.

Conseil

  • Continuer à se saisir des outils modernes de communication pour se réunir autour des souffrances et lutter.
  • Ne pas compter sur les experts pour donner une direction (ils en sont incapables car trop spécialisés) mais les mettre à notre service et orienter les demandes d'expertise sur les problèmes à traiter.

image

potatoe cat tax for very long post

Histoires de pamplemousses, de saucisses, d'amandes et de... bite de cochon.

Aujourd'hui, à la caisse du supermarché du coin, la jeune caissière regarde les pamplemousses d'un air désemparé, lève les yeux et demande: «c'est quoi ?»

non, mais, des PAMPLEMOUSSES...

Je vis dans un monde où des gens n'ont jamais vu de pamplemousses (tout en bossant dans un magasin qui en vend)

Si seulement c'était un fait isolé, mais non:

  • une autre fois, c'étaient des amandes que la caissière ne reconnaissait pas. Des pitins de fucking AMANDES... ya pas plus con qu'une amande.
  • Il y a quelques semaines, à la cantine, une élève de cinquième ne comprenait même pas le concept de saucisse. Un collègue lui explique qu'il s'agit de porc. Sourcils en accent circonflexes de la part de la môme. Mon collègue ajoute: «c'est du cochon». Et là, après un temps de réflexion visiblement infructueux, elle finit par demander: «c'est sa bite ?» Donc, celle-ci ignore ce qu'est une saucisse mais voit très bien en quoi consiste une bite.

Les plus taquins se rappelleront de la blague de la capote et de la véranda, on n'en est pas loin.

la question qui me vient: pourquoi ?

Après un légitime et bref passage en PLS mentale, histoire d'évacuer ma consternation, je me demande comment c'est possible... La seule explication qui me vient, de bite en blanc [gag], c'est que ce que je considère comme des denrées de consommation courante sont des aliments de luxe pour ces personnes (et je culpabilise aussitôt pour ma réaction première).

Mais non, quand même, faut pas pousser:

J'aimerais bien sûr éviter le mépris de classe, la condescendance etc.

Mais bon...

  1. même si on n'a pas les moyens d'acheter un truc, on en a déjà VU (ces mêmes personnes n'ont pas les moyens d'acheter un Iphone mais savent bien ce que c'est et peuvent le reconnaître)
  2. les deux caissières en question portaient des vêtements pas spécialement bon marché et étaient bien maquillées, ongles faits... Si on en est à ne pas pouvoir se payer un pamplemousse, on fait l'impasse sur les produits d'une nécessité plus «discutable», il me semble (mais c'est peut-être un point de vue de privilégié, j'en suis conscient).
  3. autant l'élève était encore jeune, donc naïve (quoique), autant les caissières sont adultes...
  4. les caissières bossent dans un magasin qui VEND ces denrées. Elles les ont même probablement mises en rayon (c'est un petit supermarché de village)... faut-il se foutre éperdument de ce qu'on fait pour ne même pas LIRE LE NOM des trucs qu'on place sur les gondoles.

Il s'agit à mon sens davantage d'ignorance plus ou moins volontaire, dans le sens ou on ne prête AUCUN intérêt à ce qui nous entoure, que d'une impossibilité sociale/culturelle/intellectuelle/héritée/systémique dont ces personnes seraient victimes. Ça correspond d'ailleurs à une impression que je ressens depuis des années avec mes élèves: plus le temps passe et plus la proportion d'élèves impossible à intéresser grandit. Ils ne s'étonnent de rien, regardent le monde avec désintérêt voire mépris.

Je laisse le «pourquoi» en suspend...

Lire la suite de Histoires de pamplemousses, de saucisses, d'amandes et de... bite de cochon.

Pensée du jour

Quand j'entends Macron dire que les jeunes doivent rêver de devenir milliardaires, ça m'énerve. Hé, Macron, ce n'est pas le travail personnel qui forge les fortunes, c'est l'égoïsme et le manque de morale.

Et moi, je n'ai pas envie d'une société où tout le monde est égoïste et ne pense qu'au flouze. Toi, tu en as envie, mon petit Macron, d'une part parce que tes valeurs sont toutes orientées vers l'argent à un point qu'il ne te vient même pas à l'esprit qu'une autre vision de la vie existe et d'autre part parce qu'une société basée sur l'égo en général et sur l'égoïsme en particulier est une société divisée dont les citoyens ne songent même pas à se regrouper autour de luttes communes...

Toutefois, mon petit Macron, tu n'as pas complètement tort quand tu dis que l'argent se gagne par le travail... en effet, l'argent des uns se gagne par le travail des autres.

Quand un de tes copains fait fortune, c'est en privant ses employés d'augmentations légitimes ou d'améliorations de leurs conditions de travail (quand évidemment, il n'a pas tout bêtement hérité de sa fortune: lorsque la Bétencourt nous fait la morale en disant qu'elle a travaillé pour obtenir son argent, j'ai envie de lui mettre le nez à gauche des yeux...)

Il y avait une époque où le salaire du patron était (un peu) justifié par le fait qu'il portait toute la responsabilité de l'entreprise. Mais aujourd'hui, même le patron qui coule la boîte se gave comme un gros porc en partant. En plus, quand il y a des problèmes graves, il leur suffit de refuser de répondre aux questions et le tour est joué.

Non, petit bonhomme, ce n'est pas le travail qui forge la fortune, c'est l'égoïsme et l'absence de morale.

Fil RSS des articles de ce mot clé
  • C'est Dredi , j'ai l'impression d'avoir couru toute la semaine pour échapper au clown tueur...
    Ne riez pas.